Entrevue avec Jacqueline

Administratrice de l’ASBL Tremplins et cofondatrice du Festival Bruxelles Babel dédié aux jeunes de 12 à 21 ans.

C’est dans les années 80, à la suite de la réduction du nombre d’heures dédiées à l’éducation artistiques dans les programmes scolaires, et en vue de pallier au manque qui se créait peu à peu, que Jacqueline Heyman, à cette époque fonctionnaire au service de l’éducation permanente de la Commission Française de la Culture (COCOF), choisit d’agir en donnant la parole aux jeunes.

Elle persuade sa hiérarchie du bien-fondé de son initiative et s’entoure d’une équipe composée de collègues, d’enseignants et d’artistes. Retour ligne automatique
À travers leurs écoles et associations, elle réussit à réunir des jeunes issus d’horizons différents, aussi bien des quartiers dits « sensibles » que des quartiers à population « aisée ».Retour ligne automatique
La parole sera donc donnée à ces jeunes issus de différents quartiers et milieux culturels, lors d’un évènement annuel, devenu « festival » par la suite.

Entrevue :

Qu’est-ce qui a présidé votre choix de mettre sur pied un festival orienté vers la jeunesse au milieu des années 80 ?

A cette époque, la dernière vague des immigrés était constituée par les turcs. Les clivages entre les écoles avaient commencé à s’installer, les quartiers s’identifiaient déjà comme lieux de vie de telle ou telle communauté. La Région de Bruxelles-Capitale n’existait pas encore et toutes les actions et les budgets aujourd’hui consacrés à la cohésion sociale n’avaient bien sûr pas vus le jour.
Comme je travaillais à la Commission française de la Culture au secteur Education permanente, j’avais beaucoup de contacts avec les associations "des immigrés" qui recevaient de faibles subsides. La question qui se posait était, comment créer des ponts entre toutes les communautés vivant à Bruxelles, y compris les "Belgo-belges", comment éviter la montée du racisme et de l’incompréhension. Je pensais - et je pense toujours - que le langage rationnel est utile mais pas toujours efficace. Comme on se trouve sur le terrain de la peur de l’autre, de l’irrationnel, il faut travailler sur l’émotion. D’où l’envie de donner aux jeunes l’occasion de s’exprimer sur un mode artistique, le lieu de l’émotion, joie, peine, peur, enthousiasme. Et le public constitué par d’autres jeunes ne pouvait que se dire : mais il me ressemble ! Ou, j’ai déjà ressenti cela aussi mais il s’exprime mieux que moi... C’était mettre sa petite pierre à l’édifice pour éviter que Bruxelles ne devienne la Babel légendaire où plus personne ne se comprendrait car chacun parlait une langue différente.

Si vous deviez résumer toutes ces années de travail, de plaisir, de rencontre et de collaboration en une seule phrase que nous diriez-vous ?

J’aime la phrase d’Alain Souchon : "la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie". La culture rend la vie plus belle et à travers elle, les rencontres se font sur un mode plus sincère.

Quel est pour vous le meilleur souvenir depuis que ce festival illumine le printemps bruxellois ?

Il y en a tant... Peut être de voir des histoires d’amour improbables naître sous nos yeux ? Mais ne me prenez pas pour une marieuse !

Peut-on parler aujourd’hui des fruits escomptés par rapport à l’objectif de départ ?

Il est difficile d’évaluer ses propres actions. Néanmoins, j’ai eu le temps de voir se développer tant d’initiatives de style "Babel", de voir des politiques locales soutenir la créativité que je me dis que notre idée n’était pas dénuée de sens.

On laisse entendre de nouvelles orientations pour ce festival. Est-ce le thème du débat que vous organisez ? Quelles sont du moins les questions qui seront abordées

J’étais en pleine réflexion à ce sujet il y a quelques semaines avec des interlocuteurs des milieux de la culture, mais aussi de la recherche (le CRISP). Il y avait plusieurs pistes comme le lien entre la culture et le monde économique, le monde du travail, le développement personnel. En fin de comptes, nous avons retenu le thème : "la culture, ça ouvre des portes". De l’importance des activités culturelles en milieu populaire. Ils ’agira de débattre très concrètement sur l’importance du développement de l’imaginaire dans les destins individuels ; il ne s’agit pas nécessairement de diriger tous les participants à Bruxelles Babel vers des métiers artistiques, mais de leur permettre de prendre conscience de toutes leurs potentialités.
Ce travail est aussi important dans les destins collectifs, pour la consolidation de la solidarité et du travail culturel dans les quartiers de notre Région. Et enfin, la culture, est aussi une "niche" d’emplois directs et indirects...